Un audio largement relayé dans des groupes WhatsApp affirme que des agents d’ONG circuleraient dans les maisons pour déverser des « comprimés » dans les toilettes afin de propager la maladie à virus Ebola. Selon ce message vocal en lingala, toute personne utilisant ensuite ces toilettes serait automatiquement contaminée.
Après vérification, cette affirmation est fausse. Aucune preuve scientifique, médicale ou institutionnelle ne confirme l’existence d’un tel procédé de contamination. Les explications avancées dans cet audio contredisent les connaissances établies sur les modes de transmission de la Maladie à virus Ebola.
Ce que raconte réellement l’audio viral
Dans cet audio largement partagé sur WhatsApp, une voix appelle la population à se méfier de prétendus agents d’ONG qui circuleraient dans les quartiers sous couvert d’interventions sanitaires. Selon l’auteur du message, ces individus demanderaient à entrer dans les toilettes des habitants afin d’y jeter des comprimés supposés contenir le virus Ebola.
Voici la traduction du message partagé en lingala :
« Bonjour famille. Je voulais vous alerter et vous demander de faire attention aux agents qui passent actuellement dans les maisons. Lorsqu’ils arrivent chez vous et demandent à entrer dans les toilettes, n’acceptez pas. Ce sont des agents d’ONG qui circulent avec des comprimés capables de propager le virus Ebola. Une fois dans les toilettes, ils y déversent ces comprimés pour contaminer l’endroit. Ainsi, lorsque vous utilisez ensuite les toilettes pour vos besoins, vous seriez directement atteints de la maladie à virus Ebola ».
Le message adopte un ton alarmiste et cherche clairement à provoquer la peur au sein de la population. L’audio présente les ONG et les équipes sanitaires comme des acteurs qui propageraient volontairement la maladie dans les communautés.
Pourtant, aucune preuve concrète n’est avancée pour soutenir ces accusations. L’auteur ne cite aucun nom d’organisation, aucune localité précise, aucune victime identifiée ni aucun témoignage vérifiable. Aucune autorité sanitaire en RDC n’a confirmé l’existence d’un tel procédé de contamination.
Comment Ebola se transmet réellement
Les affirmations contenues dans cet audio sont incompatibles avec les données scientifiques connues sur Ebola.
Selon l’Organisation mondiale de la Santé, Ebola se transmet principalement par contact direct avec le sang, les liquides biologiques ou les tissus d’une personne infectée ou décédée. Les objets contaminés par ces fluides peuvent également transmettre le virus lorsqu’ils entrent en contact avec une autre personne.
Le virus ne se transmet donc pas par de simples comprimés jetés dans des toilettes.
De son côté, le Centers for Disease Control and Prevention (CDC) précise qu’une personne ne peut pas contracter Ebola simplement en étant proche d’un malade ou en entrant dans un lieu sans exposition à des fluides contaminés.
Aucune étude scientifique reconnue ne mentionne un mode de contamination similaire à celui décrit dans cet audio viral.
Aucune autorité sanitaire ne confirme cette rumeur
Ni le Ministère de la Santé de la RDC, ni l’Africa Centres for Disease Control and Prevention, ni l’Organisation mondiale de la Santé n’ont signalé l’existence de comprimés utilisés pour propager Ebola dans les communautés.
Au contraire, les organisations sanitaires rappellent que les équipes médicales déployées pendant les flambées épidémiques interviennent pour identifier les cas suspects, assurer le suivi des contacts, sensibiliser les populations et limiter la propagation du virus.
L’Africa CDC souligne d’ailleurs que la confiance entre les communautés et les équipes de santé est essentielle pour contrôler les épidémies.
Une rumeur déjà observée pendant les précédentes épidémies
Ce type de désinformation n’est pas nouveau en RDC. Lors des précédentes flambées d’Ebola dans l’est du pays, plusieurs rumeurs similaires avaient déjà circulé sur les réseaux sociaux et dans certaines communautés.
Des messages accusaient notamment des ONG, des médecins ou des équipes de vaccination de propager volontairement la maladie. D’autres intox prétendaient qu’Ebola était inventé ou utilisé pour des intérêts financiers, Dans ce climat de désinformation, plusieurs chansons d’artistes remettant en cause l’existence du virus Ebola avaient également circulé et connu une nouvelle vague de partage après l’annonce récente d’une nouvelle souche d’Ebola en RDC. L’équipe de Thibitisha Fact a déjà analysé cette désinformation dans un précédent article consacré aux contenus musicaux contestant la réalité du virus.
Ces théories apparaissent souvent dans des contextes marqués par la peur, l’insécurité et la méfiance envers les institutions sanitaires. Plusieurs chercheurs et organisations de santé publique ont déjà alerté sur l’impact négatif de ces rumeurs dans la gestion des épidémies.
Pourquoi cette désinformation est dangereuse
Même présenté comme un simple « avertissement », cet audio peut avoir des conséquences graves sur la santé publique.
En accusant sans preuve les agents sanitaires et les organisations humanitaires, ce type de message risque de pousser certaines familles à refuser l’aide médicale ou à empêcher les équipes de santé d’intervenir correctement dans les communautés.
Lors des précédentes flambées d’Ebola en RDC, les autorités sanitaires avaient déjà signalé que la désinformation compliquait les opérations de riposte et augmentait les risques de propagation de la maladie.
Les experts rappellent qu’en période de crise sanitaire, les rumeurs peuvent devenir aussi dangereuses que la maladie elle-même lorsqu’elles empêchent les populations d’accéder à des informations fiables.
Comment vérifier une information sanitaire avant de la partager ?
Dans un contexte de crise sanitaire, les fausses informations circulent souvent plus rapidement que les informations vérifiées, notamment sur WhatsApp et les réseaux sociaux. Avant de partager un message alarmant lié à Ebola ou à une autre maladie, il est essentiel de prendre le temps de vérifier son origine et sa crédibilité.
Un message fiable provient généralement d’une source officielle identifiable et peut être confirmé par des autorités sanitaires reconnues ou des institutions scientifiques crédibles. À l’inverse, les rumeurs virales reposent souvent sur des audios anonymes, des témoignages impossibles à vérifier ou des affirmations sans preuves concrètes.
Il est également recommandé de consulter le travail des médias crédibles et des plateformes de fact-checking avant de relayer une information sensible. Dans le cas d’Ebola, les données fiables peuvent être consultées auprès de l’Organisation mondiale de la Santé, du ministère de la Santé de la RDC, de l’Africa Centres for Disease Control and Prevention ou encore d’institutions scientifiques spécialisées dans les maladies infectieuses.
Dans les périodes d’épidémie, vérifier avant de partager peut contribuer à limiter la peur, éviter la désinformation et protéger les communautés.
Verdict : Faux
L’audio viral affirmant que des agents d’ONG propageraient Ebola en jetant des comprimés dans les toilettes est faux. Aucune preuve ne soutient cette accusation et les affirmations contenues dans ce message contredisent les connaissances scientifiques sur les modes de transmission du virus Ebola.
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