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Une chanson affirmant que le virus Ebola est une fausse maladie et un business refait surface pendant une nouvelle alerte sanitaire en RDC

Alors que les autorités sanitaires ont récemment signalé l’apparition d’une nouvelle alerte liée à la Maladie à virus Ebola en République démocratique du Congo, une ancienne chanson d’un artiste musicien originaire de Beni au Nord-kivu circule à nouveau sur les réseaux sociaux et dans les téléphones via WhatsApp.

Cette résurgence intervient dans un contexte sanitaire sensible. Des experts signalent que la flambée actuelle est liée à une souche rare du virus appelée Bundibugyo, déjà observée lors de précédentes épidémies mais beaucoup moins fréquente que d’autres variants d’Ebola.

Selon plusieurs rapports récents, cette souche peut provoquer une maladie grave avec un taux de mortalité estimé entre 25 % et 50 %, même si celui-ci peut varier selon la qualité de la prise en charge médicale.

Dans ce contexte, plusieurs contenus anciens refont surface en ligne. Parmi eux figure une chanson intitulée « Ebola Business » dans laquelle l’artiste affirme notamment que la Maladie à virus Ebola serait une invention et un « business économique ». Les paroles suggèrent également que si des personnes meurent à cause de cette maladie, la population pourrait se venger.

Cette chanson, qui date de plusieurs années et avait déjà circulé lors de précédentes épidémies, est aujourd’hui à nouveau partagée alors que l’actualité sanitaire remet Ebola au centre des préoccupations.

Extrait des propos de la chanson

« Vous, au lieu de dire que vous avez échoué avec vos massacres, vous déplacez vos maladies qui sont fausses dans le corps des gens. Nous avons découvert la vérité. Et d’ailleurs tous ces vaccins que vous donnez aux gens, s’ils meurent nous allons nous révolter…

Ils disent que nous ne devons pas refuser ce que dit le médecin. Dis-moi, est-il devenu Dieu ?

Ebola c’est un double massacre. Nous avons déjà été massacrés par les machettes et aujourd’hui c’est le massacre à virus Ebola.

Dites-nous si vous êtes fatigués de nous ici au Kivu. Nous connaissons vos secrets. Ebola est votre business qui vous apporte de l’argent.

Pourquoi tu me tues ? Ebola fausse maladie. Ici chez nous Ebola est un business, double massacre d’un faux virus ».

Ces propos proviennent d’une chanson de l’artiste musicien originaire de Beni au Nord-Kivu Idengo Delcat, sortie il y a quelques années lors de l’épidémie d’Ebola liée à la souche Zaïre.

Récemment, cette chanson a refait surface sur les réseaux sociaux. Notre rédaction l’a notamment identifiée sur le compte Facebook d’un internaute nommé Lenoir Fils.

Vidéo virale de la chanson de l’artiste Idengo, dans laquelle il affirme que le virus Ebola est une fausse maladie et un « business ».

Aussitôt publiée, la vidéo a accumulé plus de 94.000 vues, 4503 mentions « j’aime », 129 commentaires et 53 partages seulement un jour après sa publication soit le mardi 19 mai.

Notre équipe a analysé attentivement les commentaires sous cette publication et a constaté que plusieurs internautes semblent croire aux affirmations contenues dans cette chanson, ce qui peut contribuer à la diffusion d’informations trompeuses.

Une maladie bien réelle, identifiée scientifiquement

Contrairement aux affirmations contenues dans cette chanson, la Maladie à virus Ebola est une maladie virale grave identifiée pour la première fois en 1976 en Afrique centrale.

Depuis cette date, plusieurs épidémies ont été enregistrées dans différents pays africains, dont la République démocratique du Congo, où le virus tire d’ailleurs son nom d’une rivière située dans l’ancienne province de l’Équateur.

Selon l’Organisation mondiale de la santé, Ebola se transmet principalement par contact direct avec les fluides corporels d’une personne infectée ou avec des objets contaminés.

Les symptômes peuvent inclure : une forte fièvre, une fatigue intense, des douleurs musculaires, des vomissements et diarrhées

et dans certains cas des complications graves pouvant entraîner la mort.

Des épidémies documentées en RDC

La République démocratique du Congo est l’un des pays ayant connu le plus grand nombre d’épidémies d’Ebola depuis la découverte du virus.

L’une des flambées les plus importantes s’est produite entre 2018 et 2020 dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri.

Selon l’Organisation mondiale de la santé, cette épidémie a enregistré plus de 3 400 cas et plus de 2 200 décès

Cette flambée a été considérée comme la deuxième plus grande épidémie d’Ebola jamais enregistrée dans le monde.

Pourquoi ce type de chanson peut alimenter la désinformation

Les contenus culturels, comme les chansons, les vidéos ou les messages audio, peuvent avoir une influence importante sur la perception du public, surtout lorsqu’ils sont largement diffusés sur les réseaux sociaux ou partagés de téléphone à téléphone via des applications de messagerie.

Lorsqu’un artiste populaire affirme dans une chanson qu’une maladie n’existe pas ou qu’elle serait inventée pour des raisons économiques, ces messages peuvent facilement être perçus comme crédibles par certains auditeurs. Dans des contextes où la confiance envers les institutions est parfois fragile, ce type de discours peut renforcer la méfiance envers les autorités sanitaires, les médecins ou les campagnes de vaccination.

Selon l’organisation mondiale de la santé , la désinformation et les rumeurs constituent un défi majeur lors des épidémies, car elles peuvent décourager certaines populations de suivre les recommandations médicales ou de coopérer avec les équipes de santé.

Lors des précédentes épidémies d’Ebola dans l’est de la République démocratique du Congo, plusieurs études ont montré que les rumeurs et la méfiance envers les interventions sanitaires ont parfois provoqué des résistances dans certaines communautés. Dans certains cas, des centres de traitement ou des équipes médicales ont même été pris pour cible, ce qui a compliqué les efforts de lutte contre la maladie.

Une ancienne chanson qui refait surface dans un contexte sensible

La circulation actuelle de cette chanson illustre également un phénomène fréquent lors des crises sanitaires : la réapparition d’anciens contenus trompeurs lorsque l’actualité remet un sujet au centre de l’attention.

Dans les périodes d’épidémie ou de crise sanitaire, des publications anciennes vidéos, messages audio, articles ou chansons peuvent réapparaître et être partagées comme si elles étaient nouvelles. Ce phénomène est amplifié par les réseaux sociaux et les applications de messagerie comme WhatsApp, qui permettent à des contenus de circuler rapidement entre groupes et communautés.

Dans ce contexte, des contenus anciens peuvent redevenir viraux sans que leur origine ou leur contexte ne soit vérifié. Sans explication ni mise en perspective, ces publications peuvent créer de la confusion, alimenter des perceptions erronées et compliquer les efforts des autorités sanitaires pour informer correctement la population.

Verdict : Trompeur

La chanson de l’artiste originaire de Beni, qui affirme que la Maladie à virus Ebola serait une « fausse maladie » inventée pour des raisons économiques, repose sur des affirmations non fondées.

En réalité, Ebola est une maladie virale bien réelle, identifiée scientifiquement depuis 1976 et responsable de plusieurs épidémies documentées, notamment en République démocratique du Congo.

Ces affirmations ne s’appuient sur aucune preuve scientifique et peuvent contribuer à alimenter la désinformation dans un contexte sanitaire particulièrement sensible.

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Jospin CIBALWIRA est un journaliste indépendant et fact-checker congolais, qui exerce également en tant que reporter web et radio. Titulaire d'une licence en Sciences de l'Information et de la Communication, il a débuté sa carrière dans la presse audiovisuelle avant de se consacrer à la presse écrite. Avec une expérience dans le domaine de la vérification des faits, il met aujourd'hui ses compétences au service de la lutte contre la désinformation en tant que Rédacteur en Chef chez Thibitisha Fact.

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