Chaque année, du 25 novembre au 10 décembre, le monde se mobilise pour les 16 jours d’activisme contre les violences basées sur le genre. En République démocratique du Congo, cette campagne prend une dimension particulièrement urgente et complexe. Dans un pays où les femmes et les jeunes filles subissent à la fois des violences physiques, sexuelles, économiques et sociales, la désinformation s’ajoute comme une violence invisible mais redoutable, amplifiant les risques et fragilisant les communautés.
Dans l’Est du pays, notamment au Nord et Sud-Kivu, en Ituri et dans le Haut-Uélé, le conflit armé persistant crée un environnement où la sécurité des populations est constamment menacée. Les femmes et les filles sont les premières victimes de violences, mais elles le sont aussi des rumeurs et fausses informations qui circulent dans un contexte de guerre, souvent pour manipuler l’opinion ou justifier des actes de violence.
La désinformation : un vecteur de violence et de stigmatisation
Dans un contexte où les institutions étatiques et les médias fiables peinent à couvrir tous les événements, les rumeurs circulent rapidement. Sur WhatsApp, Facebook, les radios locales et parfois même dans les écoles et marchés, des messages, vidéos et audios sont partagés sans vérification. Ces informations fausses ou sorties de leur contexte peuvent prendre différentes formes : accusations d’espionnage, diffamation contre des femmes leaders ou militantes, fausses alertes sur des violences sexuelles ou prétendues pratiques mystiques.
L’impact est immédiat : certaines femmes sont stigmatisées, isolées, voire menacées. Une rumeur peut décourager une survivante de violences sexuelles de chercher de l’aide médicale, judiciaire ou psychologique. Dans des communautés déjà fragilisées par le conflit et la précarité, la désinformation devient un outil supplémentaire de contrôle social et de violence.
Sécurité et désinformation : un cercle vicieux dans l’Est de la RDC
L’insécurité chronique dans l’Est favorise la propagation des rumeurs. Les combats entre groupes armés, les déplacements massifs de populations et les pénuries créent un vide informationnel. Dans ce contexte, une image sortie de son contexte, une vidéo ancienne présentée comme récente ou une rumeur anonyme peuvent déclencher la peur, la méfiance et parfois même des violences communautaires.
Les femmes sont particulièrement touchées. Des fausses accusations de complicité avec des groupes armés ou de trahison peuvent mener à des menaces directes sur leur vie ou à des pressions sociales intenses. Les infox liées à la santé reproductive, contraception, stérilité supposée, maladies imaginaires entraînent des décisions qui peuvent mettre en danger leur santé et leur autonomie. La désinformation n’est donc pas un simple problème de communication : c’est un facteur aggravant des violences, directement lié à la sécurité des populations.
Les répercussions dans d’autres sphères : politique, journalisme et société
Mais les enjeux de la désinformation dépassent l’Est du pays. Dans le domaine politique, de fausses informations peuvent attaquer des femmes candidates ou militantes, influencer l’opinion publique et créer des tensions artificielles autour de leur légitimité. Dans le journalisme, les journalistes femmes sont souvent victimes de campagnes de diffamation en ligne, ce qui peut les décourager de couvrir certaines affaires sensibles ou les exposer à des menaces.
Dans la société civile, les rumeurs renforcent les stéréotypes sexistes et les inégalités de pouvoir. Elles reproduisent des schémas où les femmes sont blâmées pour des violences qu’elles subissent, ou accusées d’être des instruments de manipulation politique ou économique. La stigmatisation se retrouve dans les écoles, les marchés et même dans les familles, aggravant le climat social et freinant les initiatives de développement communautaire.
Vérification des faits et éducation aux médias : un outil de protection et d’empowerment
Face aux multiples formes de violences physiques, psychologiques et informationnelles, la vérification des faits et l’éducation aux médias deviennent des outils essentiels de protection et d’empowerment. Thibitisha Fact, en tant qu’acteur de référence dans la lutte contre la désinformation en RDC, joue un rôle central dans cette démarche.
Durant les 16 jours d’activisme, Thibitisha Fact se joint à d’autres acteurs engagés pour sensibiliser le public contre les violences en ligne, le harcèlement et la diffusion de fausses informations. Nous partagerons quotidiennement des articles de vérification, messages d’alerte et contenus de sensibilisation, pour informer et outiller les communautés face aux menaces que représentent les rumeurs, les images manipulées et les récits toxiques.
Démonter les rumeurs, contextualiser les images et vidéos, corriger les mensonges sur la santé, sur les accusations politiques ou sur des faits de société, c’est défendre la dignité des femmes et préserver la cohésion sociale. La lutte contre la désinformation ne se limite pas à rétablir une vérité abstraite : elle empêche que des vies soient brisées, que des carrières soient ruinées, et que la peur s’installe dans les communautés. Dans un environnement où la sécurité physique et psychologique est fragile, protéger la vérité devient un moyen concret de protection des personnes.
Les 16 jours d’activisme rappellent que la violence basée sur le genre ne se limite pas aux agressions physiques. Elle se manifeste également à travers des récits toxiques, des images détournées, des fausses nouvelles et des accusations infondées. Dans un contexte congolais où le bruit de la guerre brouille la perception des faits, vérifier l’information devient un acte de responsabilité individuelle et collective.
Chaque citoyen, journaliste, acteur politique ou communautaire peut contribuer à un environnement plus sûr : refuser de relayer des rumeurs, rechercher la vérité, accompagner les victimes et valoriser l’information fiable. Thibitisha Fact accompagne cette démarche en fournissant des outils et des contenus concrets pour que chacun devienne acteur de la protection des femmes et de la lutte contre la désinformation.
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