La situation sécuritaire à l’Est de la République Démocratique du Congo (RDC) s’est considérablement détériorée à cause de l’avancée des rebelles du M23 dans la ville de Goma. Cette escalade a conduit à des échanges des Forces armées de la République Démocratique du Congo (FARDC) avec les Rdf au niveau de la frontière qui sépare ces deux pays.
Parallèlement, une image montrant une longue file de personnes marchant sur un chemin de terre boisée. Elles portent de lourdes charges sur la tête et le dos. La légende accompagnant cette photo indique qu’il s’agit du déplacement de la population rwandaise suite aux affrontements entre la RDC et l’armée rwandaise.
Pour vérifier l’authenticité de cette image, nous avons employé plusieurs outils de recherche d’images, notamment Google Lens, Yandex et la recherche d’images inversée de Google. Cependant, les résultats obtenus montrent que cette image illustre en réalité des civils fuyant leurs villages pendant le génocide rwandais de 1994, et non les événements actuels à la frontière entre la RDC et le Rwanda.
Affirmation
Bonheur Muamba affirme sur son compte Facebook (lien archivé) : « Le combat se déroule au Rwanda, les militaires congolais ont traversé la frontière, la population Rwandaise fuit en masse la ville Rwandaise de Gisenyi », ce post a accumulé 209 j’aimes, 94 commentaires et 32 partage jusqu’à ce mardi 28 janvier.
Image décontextualisée
L’outil de recherche par image inversée de Google nous a permis d’identifier le contexte des événements. En effet, cette image apparaît dans un article publié sur le site du média Ahram info (lien archivé ici) le jeudi 19 décembre 2024. Cet article aborde la décision des parties civiles qui accusent l’armée française d’inaction lors des massacres de Bisesero au Rwanda en 1994.
« Les parties civiles, qui dénoncent une inaction de l’armée française dans les massacres de Bisesero au Rwanda en 1994, ont annoncé jeudi se pourvoir en cassation, une semaine après la confirmation du non-lieu au profit des militaires », peut-on lire sur le site Ahram info.

Poursuivant nos recherches, nous avons trouvé cette image dans l’agence de photographie et banque d’images, Getty image. En effet, cette photo a été prise par Alexandre Joe. La légende accompagnant cette image précise qu’il s’agit des civils entrain de fuir leurs villages au Rwanda en 1994.
« Des civils fuient leur village le 11 juin 1994 près de la ligne de front à Mushubati, à 10 km au nord-ouest de Gitarama, alors que les rebelles du Front patriotique rwandais (FPR) gagnent du terrain dans la guerre au Rwanda, qui a déjà fait 500 000 morts. Le 6 avril 1994, la mort des présidents du Burundi et du Rwanda dans un accident d’avion provoqué par une attaque à la roquette déclenche plusieurs semaines de massacres systématiques et à grande échelle visant la population tutsie et les Hutus modérés au Rwanda. Le nombre de victimes assassinées du génocide rwandais est d’environ 800 000. Entre 150 000 et 250 000 femmes ont également été violées», (texte traduit de l’anglais), indique la légende explicative de cette image.

Nous retrouvons également cette image, dans un autre article publié sur le site The guardian qui traite du génocide rwandais de 1994, où plus d’un demi-million de personnes, principalement des Tutsis, ont été massacrées sur une période de 100 jours.

Verdict
L’image montrant la prétendue fuite de la population rwandaise en raison des récents affrontements entre la République Démocratique du Congo et le Rwanda est en réalité une représentation décontextualisée des événements tragiques du génocide rwandais de 1994. Nos recherches approfondies, menées à l’aide d’outils de vérification d’images, ont confirmé que cette photo documente des civils fuyant leurs villages pendant une période de violence extrême et de pertes humaines massives.
Il est crucial de faire preuve de discernement face à des informations potentiellement trompeuses, surtout dans un contexte aussi sensible que celui des conflits armés. La propagation de telles images sans leur contexte historique peut alimenter la désinformation et exacerber les tensions entre les populations. Il est donc essentiel de vérifier les sources et de s’assurer de la véracité des informations avant de les partager.
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